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Tuesday, July 23, 2013

Enfance, Une famille yéménite vend leur fille de 11 ans

Ses parents veulent la marier de force contre de l'argent
 
Nada al-Ahdal, 11 ans
Une vidéo, partagée sur YouTube le 6 juillet dernier, fait des vagues sur internet alors qu'elle attire l'attention sur le sujet délicat des mariages arrangés au Yémen, où le quart des filles sont offertes en mariage avant l'âge de 15 ans. On y voit la jeune Nada al-Ahdal, 11 ans, à bord d'une voiture, s'adressant à sa famille avec qui elle affirme vouloir couper les ponts. «Allez-y, mariez-moi, et je me tuerai, c'est tout. J'en ai fini avec vous, vous avez ruiné mes rêves», leur dit-elle après avoir raconté l'histoire de son évasion pour éviter d'être mariée de force.

Selon NOW, la petite aurait été sous la tutelle de son oncle, Abdel Salam, depuis l'âge de trois ans. Elle fréquentait l'école, aimait chanter et apprenait l'anglais, heureuse chez son oncle qui accueillait également l'un de ses neveux dont les parents étaient trop pauvres pour s'occuper de lui et sa propre mère, très âgée. Nada filait le parfait bonheur jusqu'à ce que ses parents, sans son consentement, acceptent de la vendre à un homme riche, originaire du Yémen mais expatrié en Arabie Saoudite. Nada n'était alors âgée que de dix ans et trois mois.
«Quand j'ai entendu parler du fiancé, raconte son oncle à NOW, j'ai paniqué. Nada n'avait même pas onze ans ! Je ne pouvais pas la laisser se faire marier et voir son futur détruit, d'autant plus que l'une de ses tantes a été mariée de force à 13 ans et s'est immolée pour en finir. J'ai fait tout ce que je pouvais pour empêcher ce mariage.» Abdel affirme avoir contacté lui-même le mari potentiel de Nada pour le dissuader de la prendre comme femme jusqu'à ce que celui-ci change d'idée.

Les parents de Nada, qui prévoyaient recevoir une importante somme d'argent en échange de leur fille, auraient été très déçus. Ils auraient déjà obtenu à neuf reprises des avances sur la dot de la sœur aînée de Nada, aujourd'hui âgée de 18 ans, pour à chaque fois annuler le mariage et garder les sous offerts par la famille des fiancés.

Après que le fiancé de Nada se soit désisté, ses parents auraient demandé à ce que la petite vienne rester chez eux pour quelques temps. Ils auraient rapidement promis sa main à un autre homme sans en informer Abdel, de peur qu'il ne prévienne le second marié de la même façon. Quelques jours plus tard, Abdel apprenait que Nada s'était enfuie de sa famille.

Une fois réunis, Nada et Abdel ont entrepris de contacter la police afin de leur expliquer que les parents de la petite tentaient de la marier contre son gré et les convaincre de la laisser rester chez son oncle. Suite à des excuses de la part du père de Nada, le dossier fut fermé.

C'es ainsi que Nada, à l'aide de son oncle, a décidé d'enregistrer un message destiné à tous les parents désireux de marier leurs filles trop tôt pour recevoir de l'argent. « Je suis une enfant, je veux réaliser mes rêves. Laissez-moi réaliser mes rêves. Si je me mariais si jeune, je n'aurais aucune vie, aucune éducation. N'avez-vous donc aucune compassion? »

«J'aimerais dire à tous les pères et toutes les mères, laissez-nous réaliser nos rêves, ne les tuez pas.»



La vidéo, vue plus de 80 000 fois au moment de rédiger ces lignes - 6 juillet - fait réagir dans le monde entier.

Tuesday, December 4, 2012

Yémen, Amputations, crucifixions : les exactions d'Ansar al-Charia

Un rapport de l'ONG Amnesty international décrit la terreur qu'a fait régner ce groupe islamiste affilié à Al-Qaïda.
 

Image d'illustration d'enfants dont la famille a été obligée de quitter Abyan,
dans le sud du Yemen, après la prise de contrôle dans la région du
groupe Ansar al Charia.
(Hani Mohammed/AP/SIPA)
"Ils m'ont accusé de vol… Ils m'ont tabassé à répétition… Après cinq jours, ils m'ont fait une injection et j'ai dormi… Quand je me suis réveillé, ma main n'était plus là." Ce témoignage fait partie de ceux recueillis par Amnesty international dans la région d'Abyan, dans le sud du Yemen, alors que la révolution pour renverser Saleh était en cours à Sanaa, la capitale.
Dans un rapport intitulé "Conflit au Yemen, les heures sombres d'Abyan", l'ONG décrit les violations flagrantes des droits de l'Homme menées par Ansar al-Charia – les Défenseurs de la loi islamique" – alors que le groupe armé islamiste affilié à Al-Qaïda avait pris le contrôle de la région, de février 2011 à juin 2012 : exécutions sommaires, des crucifixions, des amputations et des flagellations en place publique.
Ansar al-Charia avait rapidement pris le contrôle de la petite ville de Jaar, dans le gouvernorat d’Abyan au début de l'année 2011, à une période où les autorités yéménites réprimaient avec brutalité les manifestations réclamant le départ du président Ali Abdullah Saleh, avant de rapidement gagner du terrain dans la région. Mi-2011, il contrôlait la plupart des villes et des villages d’Abyan, y compris la capitale du gouvernorat, Zinjibar, décrit Amnesty.
 
Le cauchemar des tribunaux islamiques
Et en une année et demi, la mainmise sur cette région par l'organisation va s'avérer être un cauchemar.
"Le gouvernorat d’Abyan a été le théâtre d’une véritable catastrophe en termes de droits humains lorsqu’Ansar al-Charia et les forces gouvernementales se sont affrontés pour contrôler la région, en 2011 et durant les six premiers mois de 2012", explique Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.
Etablissant des tribunaux religieux, Ansar al-Charia décide de "sanctions cruelles, inhumaines et dégradantes – exécutions sommaires, amputations et flagellations notamment – prononcées contre des criminels présumés, de présumés "espions" travaillant contre Ansar al-Charia et des personnes qui transgressaient les normes culturelles," décrit Amnesty après une enquête sur le terrain en juin et juillet 2012. La mission s'était alors entretenu avec des habitants, des militants, des journalistes, des victimes et des proches de victimes originaires du gouvernorat d’Abyan, principalement à Aden et Jaar.
L'ONG relate notamment la mise à mort de Saleh al-Jamli, accusé d'avoir permis la mort de quatre hommes lors d'un tir sur un véhicule effectué par un drone américain. Non seulement Saleh al-Jamli fut condamné à mort mais aussi à être crucifié. "Les témoignages des habitants de Jaar et les vidéos obtenues par la mission d'Amnesty et diffusées sur Youtube confirment cette crucifixion en public afin que tout le monde le voit", écrit Amnesty dans son rapport. L'ONG y publie notamment une photo du corps de l'homme accroché en hauteur, les bras écartés, la tête tombant sur la poitrine, une pancarte clouée au-dessus de lui.
 
Jugements et réparations
L'organisation internationale décrit également la façon dont les droits des femmes et des filles en particulier ont été piétinés, des codes vestimentaires très rigoureux imposés, ainsi qu’une séparation stricte des hommes et des femmes, et des restrictions sur le lieu de travail et à l’école. Un enseignant a ainsi expliqué à Amnesty International qu’Ansar al-Charia plaçait une de ses représentantes dans chaque école pour superviser l’application de ses instructions.
Les combats, ajoutés aux atteintes aux droits humains ont amené quelque 250.000 personnes à fuir les gouvernorats du sud du Yémen, notamment d’Abyan, souligne Amnesty qui recommande :
"Les autorités yéménites doivent veiller à ce que la commission d’enquête annoncée en septembre se penche sur les terribles violences signalées. La tragédie d’Abyan hantera le Yémen pendant des décennies si les responsables ne sont pas jugés et les victimes et leurs familles ne reçoivent pas de réparations", explique Philip Luther. Amnesty met en garde : "Si Ansar al-Charia a été délogé des villes et des villages qu’il contrôlait en juin 2012, le danger persiste qu’il réapparaisse et reprenne les armes". par Céline Lussato Source