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Friday, July 6, 2012

Japon, Contrôles identitaires dans les églises

Les évêques catholiques demandent que la police ne procède pas à des contrôles d’identité des étrangers sur les lieux de culte

Mgr Ikenaga Jun, archevêque d’Osaka et président de la Conférence épiscopale du Japon, a demandé au gouvernement japonais de ne plus faire procéder à des contrôles d’identité visant les étrangers dans ou autour des églises.


Le 2 juillet dernier, Mgr Ikenaga Jun, archevêque d’Osaka et président de la Conférence épiscopale du Japon, a remis une lettre au gouvernement japonais lui demandant des précisions sur les instructions données à la police en matière de respect de la liberté de religion dans le pays. La requête de l’épiscopat japonais, inédite dans la forme, fait suite à l’incident du dimanche de Pentecôte du 27 mai dernier, où des policiers ont pénétré sur le terrain d’une paroisse catholique du diocèse de Yokohama pour contrôler l’identité des étrangers présents sur le lieu de culte. Soupçonné d’être en situation irrégulière, un catholique philippin avait été arrêté.

Le président de l’épiscopat japonais a remis sa lettre à Matsubara Jin, président de la Commission nationale pour la sûreté publique (Kokka Koan Iinkai), instance gouvernementale qui supervise la police nationale et dont la mission est d’assurer l’indépendance de cette dernière vis-à-vis des pressions politiques comme d’y faire respecter les principes démocratiques. Dans son courrier, signé au nom des évêques japonais, Mgr Ikenaga appelle la police à ne pas perturber les activités de l’Eglise et à s’abstenir de pénétrer sans mandat sur ses propriétés. L’archevêque demande également aux forces de l’ordre de ne pas faire suivre les étrangers jusque dans les lieux de culte qu’ils fréquentent ni de procéder à des contrôles d’identité dans les propriétés d’Eglise ou aux alentours immédiats.

En recevant la lettre des mains de Mgr Ikenaga, Matsubara Jin n’a pas indiqué si son administration y donnerait une réponse écrite. Il a simplement déclaré que l’action des policiers à Kawasaki le 27 mai dernier était «contraire au bon sens» et a ajouté qu’il «serait fait en sorte qu’un tel incident ne se reproduise pas».

Si l’engagement des évêques japonais dans la défense des droits des populations immigrés est ancien (en 1994, ils demandaient justice pour ceux qui venaient en aide aux travailleurs immigrés en situation irrégulière), c’est la première fois que l’Eglise entreprend une démarche publique à un aussi haut niveau de l’Etat.
L’incident du dimanche 27 mai a eu lieu à la paroisse Kaizuka de la ville de Kawasaki, dans le diocèse de Yokohama. Dans ce diocèse, les catholiques d’origine étrangère représentent les deux tiers de la communauté. Comme dans les autres églises catholiques au Japon, des messes en anglais y sont célébrées afin de répondre aux besoins pastoraux des populations d’origine étrangère. A Kaizuka, où la messe dominicale en anglais est célébrée à 13h30, c’est précisément en début d’après-midi le 27 mai que six ou sept policiers d’un poste de police voisin ont pénétré sur le terrain de la paroisse, sans s’être auparavant annoncés ni produire de mandat judiciaire. Après avoir contrôlé les papiers de plusieurs personnes présentes sur les lieux, ils ont arrêté un homme de nationalité philippine. Celui-ci n’avait pas son passeport sur lui et les policiers l’ont arrêté afin de l’interroger, le soupçonnant d’avoir outrepassé la durée légale de son séjour au Japon.

Egalement présent, le curé de la paroisse, le P. Motoyanagi Takashi, avait protesté, contestant l’action de la police et arguant du fait que les officiers de police n’avaient pas le droit de pénétrer sur le terrain de l’église paroissiale sans mandat. Selon de nombreux témoins, Japonais comme Philippins, les policiers avaient fait montre d’une attitude autoritaire et arrogante.
Dès le 5 juin, le P. Motoyanagi s’est présenté au poste de police d’où étaient venus les officiers de police. Accompagné d’un avocat, il était porteur d’une lettre de son évêque, Mgr Umemura Masahiro, lequel exprimait son étonnement et son inquiétude face au comportement de la police. Dans son courrier, l’évêque de Yokohama expliquait que, selon lui, procéder à des contrôles d’identité et à des interpellations sur un terrain d’Eglise allait à l’encontre de l’exercice de la liberté de religion, et que mener de telles actions sans mandat judiciaire constituait en outre une violation des procédures légales, représentant par conséquent une menace pour la société.
L’évêque demandait également que la police présente des excuses pour l’interpellation du Philippin et donne l’assurance qu’une telle intervention ne se reproduirait plus. Il demandait enfin que, dans sa lutte contre l’immigration irrégulière, la police ne s’autorise pas à «pister» les étrangers fréquentant les églises ou circulant à proximité des lieux de culte.
C’est à la demande de l’évêque de Yokohama que l’incident de Kawasaki a été ensuite inscrit à l’ordre du jour de l’assemblée annuelle de la Conférence épiscopale, laquelle s’est tenue du 19 au 22 juin derniers. Les évêques avaient alors décidé collectivement de prendre position en interpellant la Commission nationale de la sûreté publique.

Au Japon, l’Eglise catholique présente un double visage. Si l’on compte quelque 450 000 catholiques japonais, l’ouverture – assez récente et plutôt limitée – du pays à l’immigration a entraîné l’arrivée dans les églises de fidèles d’origine étrangère, venus des Philippines, d’Amérique latine et d’autres pays. Ces étrangers catholiques sont aujourd’hui aussi nombreux sinon légèrement plus nombreux que les catholiques japonais.
 Dans le diocèse de Yokohama, Mgr Umemura a pris comme devise épiscopale : Communio communionum (‘la communion de toutes les communautés’), exprimant ainsi son désir (*) de voir les communautés japonaise et étrangères faire corps dans une seule et même Eglise.  Source

(*) :
A Yokohama, dans un diocèse où les catholiques d'origine étrangère sont majoritaires, créer un esprit de communion entre toutes les communautés est le grand souci de l'évêque [ Bulletin EDA n° 427 ]
16/10/2005

Dans le diocèse de Yokohama où la population immigrée est nombreuse et issue de différentes nationalités, l'évêque essaie par tous les moyens de les intégrer dans la communauté diocésaine (1). Dans ce diocèse de 172 500 fidèles, 70 % des catholiques ne sont pas japonais. C'est ce qu'annonçait en février dernier la Commission catholique pour les migrants, les réfugiés et les gens du voyage. Des seize diocèses que comprend le Japon, celui de Yokohama compte le plus grand nombre de catholiques grâce à l'apport des étrangers. D'après le Bureau de l'immigration du ministère japonais de la Justice, 15 % des résidents étrangers au Japon vivent dans les quatre préfectures qui correspondent au territoire du diocèse de Yokohama.
 
Les Brésiliens sont les plus nombreux puis, par ordre décroissant, viennent les Philippins, les Péruviens et enfin les Coréens.
Mgr Masahiro Umemura, l'évêque de Yokohama, explique qu'il ne souhaite pas voir, dans son diocèse, les communautés s'organiser seulement à partir de leur appartenance nationale. "La rencontre de tous autour de l'autel et le vouloir 'être ensemble' ont ma préférence. Je pense que célébrer des messes en différentes langues étrangères ne suffit pas précise cet évêque âgé de 53 ans.
Il a toutefois envoyé des prêtres qui parlent différentes langues étrangères dans chacune des quatre préfectures du diocèse pour soutenir le travail pastoral. Ensemble avec les prêtres locaux, les religieuses et les laïcs, ils ont mis sur pied des groupes qui travaillent pour répondre aux besoins et essayer de résoudre les problèmes des catholiques étrangers.
A la demande de l'évêque, des congrégations féminines des Philippines ont envoyé des religieuses dans les régions où des Philippines se sont mariées à des agriculteurs japonais. L'évêque a aussi demandé à trois évêques de pays étrangers d'envoyer quelques-uns de leurs prêtres ou des frères pour s'occuper des enfants des immigrés de Yokohama.

''Mais, en même temps, nous regardons au-delà du diocèse continue Mgr Umemura. Par exemple, nous avons envoyé deux de nos prêtres japonais au Brésil et en Ouganda pour quelques années d'expérience, "quand bien même nous n'avons pas assez de prêtres sur place". Le diocèse a aussi accueilli des séminaristes du Vietnam où des quotas régulent le nombre des séminaristes autorisés à entrer au séminaire. "Si, un jour, ils veulent retourner chez eux, prêtres ou non, ils seront tout à fait libres de le faire." Pour l'instant, dans les conditions actuelles, une fois ordonnés prêtres, ils travailleront avec nous dans le diocèse de Yokohama, explique encore Mgr Umemura.

Le Centre diocésain pour la pastorale des réfugiés et des migrants donne des consultations en cinq langues. Pourtant, il ne doit pas se contenter d'aider les résidents étrangers du Japon, insiste l'évêque. "Puisque les Philippins viennent au Japon pour des raisons économiques, ne pourrions-nous pas, nous, promouvoir des emplois aux Philippines ? demande Mgr Umemura. C'est ainsi que le diocèse travaille aux Philippines à des projets de développement dans ce sens.

Au gré de ces multiples initiatives, l'évêque tente d'insuffler un nouvel esprit dans son diocèse, en encourageant notamment les initiatives. Ainsi, le P. Hosoi Yasumichi, curé de la paroisse de Kofu dans la préfecture de Yamanashi, assure : "Ici, nous accueillons tout le monde et tous ceux qui ont des idées." En plus de la messe de semaine en japonais, la messe du dimanche est célébrée en anglais, en coréen, en portugais ou en espagnol. L'horaire des messes est adapté pour correspondre aux rythmes de vie des paroissiens. Les catholiques étrangers "sont contents de se retrouver avec leurs compatriotes une fois par mois fait remarquer le P. Hosoi, mais la paroisse voit plus loin.
Dans les mois qui comportent cinq dimanches, la messe du cinquième dimanche est célébrée uniquement en japonais, mais elle est suivie d'un barbecue, d'une kermesse ou d'autres activités pour faire que des liens de solidarité se tissent entre tous.

Pour résumer son action, Mgr Umemura cite sa devise épiscopale : Communio communionum ('la communion de toutes les communautés'), qui exprime la visée qui est la sienne pour son diocèse. "Le déploiement de nos activités n'est pas entrepris pour elles-mêmes. Tout ce que nous entreprenons correspond à notre devise affirme-t-il.
 
Notes :
(1) Sur la présence des étrangers nombreux au Japon, voir EDA 135 (Dossier : "Les travailleurs étrangers au Japon A Yokohama en particulier, voir EDA 231, 236, 415 et 424 Source

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